Projet en cours 2018-19 : Prévention des grossesses précoces - Bilan au 03/07/19

(actualisé le ) par Catherine, présidente

Nous avons le sentiment d’une belle réussite. Les 1ers résultats sont déjà sensibles : baisse de 50% du nb de grossesses, un sujet qui n’est plus tabou et un réel intérêt des élèves pour le sujet. Bravo à toute l’équipe et aux élèves !

Bilan , Présenté le 3 juillet 2019 par Mme Martine Moni SINANDJA, Directrice du Collège YANFOUOM

Le projet « Lutte contre les grossesses précoces en milieu scolaire » a été initié en 2017 par le C.P.L. YANFOUOM Dapaong TOGO, suite au constat fait. Beaucoup de filles ont des grossesses précoces, non désirées, alors qu’elles sont encore des élèves. Ce phénomène fait que souvent elles font des avortements clandestins, avec tous les risques, ou abandonnent leurs études, ce qui rend toujours le taux de fréquentation inférieur et celui d’abandon des filles élevé.
En 2016-2017, au C.P.L. YANFOUOM, nous avons eu 10 cas d’abandon pour cause de grossesses. Une fille a fait un avortement clandestin, avec tous les risques de mort, d’infections, de stérilité,…. ; 4 continuent leurs études, dont 2 au village dans des lycées publics à grands effectifs et donc avec moins de chance de réussite ; elles sont reparties au village pour que la maman ou la grand-mère s’occupe du bébé pendant qu’elles sont à l’école.
Très tôt sensible à cette situation qui diminue les chances de réussite scolaire des filles, nous avons commencé à faire des sensibilisations dans l’école à ce sujet. Ces sensibilisations étaient faites par moi-même, aidée par les professeurs de Sciences de la Vie et de la Terre. Vite, nous avons compris que nous n’étions pas les personnes les mieux placées pour faire cette sensibilisation. C’est pourquoi en échangeant avec des partenaires de notre école, nous avons posé le problème. Nous avons souhaité qu’ils nous apportent un appui financier afin que nous puissions faire appel au personnel compétent de la santé pour prendre le relai des sensibilisations. Ce qui fut fait et le projet à proprement parlé a commencé en décembre 2018.
Nous remercions les partenaires français et belges qui soutiennent ce projet chez nous.

1- Comment l’action s’est-elle déroulée, et se déroule-t-elle ?

Pour l’année 2017-2018 nous avons engagé dans l’école une sage-femme pour s’occuper de l’infirmerie. Cette dame a commencé les sensibilisations des élèves contre les grossesses précoces, l’hygiène corporelle. Nous lui avons adjoint 2 sages-femmes et un infirmier externes pour mieux s’occuper des élèves.
Au début, les élèves étaient invités à revenir à l’école, selon un calendrier défini par les sages-femmes et l’infirmier. Mais maintenant les sensibilisations se font en groupe-classe.

Chaque fois qu’une classe a sensibilisation, le/ la chargée, qui a déjà préparé sa communication, va dans la classe concernée pour une heure ou plus.
Les élèves de 6ème et 5ème sont sensibilisés sur l’hygiène corporelle. Les élèves mineurs de 4ème et 3ème se joignent à ceux de 5ème ou 6ème.
Les élèves de 2nde, 1ère et terminale sont sensibilisés sur les IST-VIH SIDA, les grossesses précoces et d’autres thèmes dans le domaine. Les élèves de 4ème et 3ème qui ont 15 ans et plus rejoignent les élèves de 2nde. Il y a quelques fois des projections, beaucoup d’échanges, questions-réponses.
Poster pour la sensibilisation

2- Quels ont été les succès ?

Les sensibilisations étant faites par un personnel non enseignant, les élèves les ont mieux accueillies. Les sages-femmes et l’infirmier, agents de santé, maîtrisent le sujet, ont les termes appropriés. Les élèves sont très intéressés, posent des questions. A leurs heures libres, ils visitent la sage-femme infirmière de l’école pour des écoutes-conseils.
Chaque classe a son jour et heure de sensibilisation, en situation de classes ; donc tous les élèves participent.
Le sujet n’est plus tabou. Les élèves parlent sans complexe de ce qu’ils apprennent lors des sensibilisations. Lors de la semaine culturelle en mars dernier, ils ont animé un débat fort intéressant sur le thème « Pour ou contre les relations sexuelles quand on est adolescent » ; le public était nombreux, composé des élèves de l’école et d’autres écoles, du personnel de l’école, des parents d’élèves. Avant, cela aurait été inimaginable.
Le nombre de grossesses a diminué (5 cette année contre 10 et plus les années passées) et celles qui tombent enceintes, continuent à venir à l’école, sachant que leurs camarades ne vont plus se moquer d’elles. En cette fin d’année scolaire 4/5 ont réussi et montent en classe supérieure. Il n’y a qu’un seul abandon.
La sage-femme a régulièrement eu son salaire. Les deux sages-femmes externes et l’infirmier ont été payés.
Nous avons acquis un vidéoprojecteur.
Projection pendant la sensibilisation

3- Quelles ont été les faiblesses ?

Au début, quand les élèves devaient venir selon un calendrier qui n’était pas celui des cours, certains élèves ne venaient pas.
2 classes de terminale n’ont pas d’heure libre pour les sensibilisations. Ils ont été rassemblés 3 fois en dehors des heures de cours, ce qui fait moins d’heures que les autres classes.
Nous manquons de matériel pour les cours et les sensibilisations : ordinateurs, posters,… nous n’avons pas trouvé sur place des films adaptés à la problématique pour acheter. Néanmoins nous continuons à en chercher.
Il y a encore des cas de grossesses dans l’école. Cette année, nous en avons 5 ; même si 4 ont réussi en fin d’année, une n’a pas passé son examen de BAC1.

4- Quels sont les points à améliorer ?

Pour l’année scolaire prochaine, puisque nous sommes à la fin de l’année, nous devons faire en sorte que toutes les classes aient leur heure hebdomadaire de sensibilisation. Varier les thèmes de sensibilisation.
Faire visiter le site « Le monde commence avec moi » ( référence donnée par nos amis belges) plus souvent.
Nous devons rechercher des posters pour mettre à l’infirmerie, à la bibliothèque,…., enfin, aux endroits souvent fréquentés par les élèves.
Encourager les débats entre élèves, les sketches sur des thèmes liés aux grossesses précoces, risques et conséquences.
Acquérir un ordinateur ou deux pour ce projet.

5- Quel est le point de vue des parents d’élèves ? et celui des autorités ?

  • Au début, il faut dire que nous étions un peu inquiets car YANFOUOM est situé dans un quartier musulman et il y a beaucoup d’élèves musulmans. Mais quand nous avons présenté le projet lors d’une assemblée générale de l’Association des Parents d’Elèves, nous avons eu le soutien des parents.
  • Les autorités sont heureuses que nous ayons ce projet. L’Etat togolais fait, avec l’aide d’ONGs, des sensibilisations sur le thème dans les écoles. C’est très insuffisant, mais ça se fait. Il y a même des campagnes de planification familiale dans les écoles.
  • Dans notre région où le taux de scolarisation des filles est le plus bas, où le taux d’abandons des filles aussi pour cause de grossesses précoces est élevé, parents et autorités et nous tous partenaires de l’école, faisons tout pour éradiquer, sinon diminuer au moins ce phénomène qu’est les grossesses précoces en milieu scolaire.

Semaine culturelle, mars 2019. C’est devant ce public qu’a eu lieu le débat sur les grossesses précoces en milieu scolaire.

6- Quel est le nombre d’élèves et d’enseignants ?

Cette année, il y a 986 élèves à YANFOUOM, dont 513 Filles et 473 Garçons.
Le personnel est de 53 dont 35 professeurs.

7- Conclusion

Le projet « Lutte contre les grossesses précoces en milieu scolaire » est à ses débuts. Nous voyons déjà le bien fondé du projet, mais il reste encore beaucoup à faire. Ce projet doit pouvoir continuer dans la durée afin que nous puissions un jour atteindre l’objectif de 0 (zéro) grossesse par an, non seulement à YANFOUOM, mais dans toutes les écoles de la région et pourquoi pas du pays. Ce que nous faisons à petite échelle peut faire tâche d’huile. Nos élèves peuvent être des ambassadeurs auprès de leurs camarades par des débats, sketches, émissions radio.
Le financement reçu permet de payer le salaire de la sage-femme qui s’occupe de l’infirmerie de l’école, les frais de sensibilisation et de formation des sages-femmes et de l’infirmier externes, l’achat du matériel nécessaire.

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